C'est la question que se pose tout freelance à ses débuts : faut-il passer en micro-entreprise ou choisir le portage salarial ? Les deux cadres juridiques permettent de facturer des missions en indépendant, mais ils répondent à des logiques profondément différentes. La bonne réponse dépend de votre TJM cible, de votre besoin de protection sociale, de votre horizon d'activité et de votre appétence pour l'administratif.

Ce que ces deux statuts ont en commun

Avant de comparer, clarifions les points communs : dans les deux cas, vous êtes à la fois responsable de la prospection commerciale, du pilotage de mission, de la relation client et de la livraison. Vous êtes celui ou celle qui crée la valeur. La différence est dans le cadre administratif, social et juridique qui vient envelopper cette activité.

Micro-entreprise : la simplicité avant tout

La micro-entreprise (ex-auto-entrepreneur) est un régime fiscal et social simplifié destiné aux entrepreneurs individuels. Vous créez votre activité en 15 minutes en ligne via l'URSSAF, vous facturez directement vos clients, et vos cotisations sociales sont calculées en pourcentage de votre chiffre d'affaires effectivement encaissé. Pas de CA, pas de charges — une logique protectrice en phase de démarrage.

Simplicité administrative — Création gratuite, comptabilité ultra-simplifiée, pas de bilan

Cotisations au pourcentage — 21,2 % de charges sociales sur le CA pour les prestations BNC

Option versement libératoire — 2,2 % d'impôt sur le revenu forfaitaire si votre foyer fiscal est sous un certain plafond

Franchise de TVA — Jusqu'à 36 800 € de CA (services), vous ne facturez pas la TVA

  • Plafond de CA — 77 700 € / an en prestations de services. Au-delà, vous basculez obligatoirement vers un autre statut
  • Protection sociale limitée — Indemnités journalières faibles, pas de chômage, retraite minimale

Portage salarial : la sécurité salariée

Le portage salarial est une relation triangulaire originale : vous signez un contrat de travail avec une société de portage (Freelance.com, Openwork, ABC Portage, etc.), qui elle-même signe un contrat commercial avec le client final. Vous restez maître du pilotage de vos missions, mais juridiquement vous êtes salarié. La société de portage facture le client, prélève sa commission (généralement 8 à 12 %), paie les cotisations sociales et vous reverse le net sur votre bulletin de paie.

Statut salarié — Vous cotisez à l'assurance chômage, à la retraite complémentaire, bénéficiez d'une mutuelle collective

Indemnités journalières complètes — Si vous êtes malade, vous êtes couvert comme un salarié

Accès au crédit facilité — Les banques acceptent plus facilement un contrat de travail qu'un statut d'indépendant

Zéro charge administrative — La société de portage gère facturation, relances, contrats, URSSAF

  • Charges élevées — Environ 50 à 55 % de charges globales (dont commission société de portage)
  • TJM plancher — La plupart des sociétés exigent un TJM d'au moins 300-350 € pour que l'équation soit viable
À ne pas confondre

Le portage salarial n'est pas la même chose que « faire du portage » en intérim ou via une coopérative d'activité (CAE). Vérifiez toujours que votre société de portage est agréée par la fédération PEPS (Professionnels de l'Emploi en Portage Salarial).

Comparatif détaillé : micro vs portage

Critère Micro-entreprise Portage salarial
Création 15 min en ligne, gratuit 1 h via société de portage
Plafond CA / an 77 700 € (services) Illimité
Taux de charges global ≈ 22 – 25 % ≈ 50 – 55 %
TJM plancher conseillé Aucun 300 – 350 €
Chômage (ARE) ❌ Non
Oui
Indemnités journalières maladie Faibles Complètes
Retraite Minimale Complète (cadre)
Crédit immobilier Difficile Facilité
Mutuelle collective Non Oui
Comptabilité Ultra-simplifiée Gérée par la société
Frais professionnels déductibles ❌ Non
Oui (plafonnés)
TVA Franchise jusqu'à 36 800 € Systématique

L'impact réel sur votre revenu net : exemple concret

Prenons le cas d'un·e freelance confirmé·e qui facture un TJM de 500 € et réalise 180 jours dans l'année, soit un CA de 90 000 €.

En micro-entreprise

CA : 90 000 € — Attention, plafond des services dépassé, il faudra basculer en vraie entreprise au-delà. Sur les premiers 77 700 €, après 22 % de charges et 2,2 % de versement libératoire : environ 58 900 € nets avant impôts supplémentaires.

En portage salarial

CA : 90 000 € — Commission de portage 10 % (9 000 €), reste 81 000 € transformés en salaire brut. Après cotisations (charges patronales + salariales ≈ 42 %) et impôt à la source (20 %) : environ 37 600 € nets annuels, mais vous cotisez chômage, retraite, mutuelle, vous êtes couvert en cas de maladie, et vous êtes finançable auprès des banques.

Conclusion : à CA équivalent, la micro-entreprise laisse plus de net dans votre poche, mais vous portez seul le risque maladie, chômage et retraite. Le portage vous coûte 20 à 25 % de net en moins, mais vous rachète cette sécurité salariale.

Les profils qui gagnent à rester en micro-entreprise

  • 🚀 Les freelances en lancement — Premières années, activité en construction, CA sous 50 000 €. La simplicité est un vrai atout.
  • 💻 Les activités à faible charges — Si vos frais professionnels sont limités (pas de locaux, peu de matériel), la micro maximise votre net.
  • 📚 Les freelances à activité secondaire — Étudiants, retraités, salariés en complément : la micro est parfaitement calibrée pour ces usages.
  • 🎯 Ceux qui visent le CA maximum — Au plafond de 77 700 €, la micro reste souvent plus rentable que toute autre forme.

Les profils qui gagnent à passer au portage salarial

  • 🏠 Les porteurs de projets immobiliers — Achat, prêt, location : un contrat de travail débloque des portes fermées à la micro.
  • 👨‍👩‍👧 Les parents ou futurs parents — Congé maternité/paternité, indemnités journalières, stabilité financière.
  • 💼 Les consultants à TJM élevé — Au-delà de 600 € / jour, la différence de net se réduit et la protection sociale devient très intéressante.
  • 🔄 Les freelances en transition vers le CDI — Période de latence entre deux emplois salariés, sans perdre les droits au chômage.

La troisième voie : l'EURL ou la SASU

Si votre CA dépasse durablement les 60 000 € et que vous avez vocation à le faire croître, vraiment envisager la création d'une société unipersonnelle : EURL (à l'IR ou IS) ou SASU. Ces statuts offrent plafond CA illimité, déduction réelle des charges, optimisation rémunération/dividendes et protection patrimoniale. Comptez 500 à 1 500 € de frais de création et un expert-comptable quasi obligatoire (1 200 à 2 500 € / an).

Notre recommandation BeastieJob

Si vous débutez avec un TJM inférieur à 500 € et un CA prévisionnel sous 50 000 €, lancez-vous en micro-entreprise. Vous pourrez migrer vers le portage ou la société quand votre activité sera consolidée. Inversement, si vous démarrez avec un TJM confortable (600 €+) et une mission longue signée, le portage peut avoir du sens dès le premier jour.

Comment basculer sans perdre sa clientèle

Le passage d'un statut à l'autre se fait sans heurts pour les clients : vous continuez à facturer, le logo sur la facture change, c'est tout. Quelques règles pratiques : informez vos clients au moins 30 jours avant le changement, basculez entre deux missions plutôt qu'en cours de mission, gardez tous vos justificatifs de l'ancien statut pour les obligations fiscales postérieures (la comptabilité micro doit être conservée 10 ans).

Le bon statut, c'est celui qui vous permet de vous concentrer sur votre métier sans vous ruiner en charges ni perdre en sérénité. Il évolue avec votre activité — la discussion avec un expert-comptable tous les 12 à 18 mois est un réflexe sain.

Partager cet article :
S

Sarah Dupont

Head of Talent chez BeastieJob

Sarah Dupont accompagne freelances et entreprises sur leurs problématiques de mission, de TJM et de contractualisation au quotidien. Ses analyses s'appuient sur les données anonymisées de la plateforme BeastieJob.